Shadow Man 1-4 : Jack Boniface était le Shadowman, humain désigné par les Loas (gardiens du Deadside, le monde des morts, un purgatoire bien dârk) pour être une sorte de gardien veillant à protéger le monde des vivants d'incursion de morts-vivants maléfiques. Au début du récit, Jack est mort, massacré par un mystérieux groupe de criminels. Il s'avère que c'est un quatuor de psychopathes évadés du Deadside, mené par l'affreux Tommy Lee Bones (sic !). L'une des "déesses" du Deadside, Nettie, choisit alors un nouveau Shadow Man pour les combattre, un mystérieux tueur à gages amnésique dénommé Zero. L'ancien masque de Jack Boniface greffé sur le torse, flanqué d'un familier sarcastique ressemblant à un serpent à tête de mort, Zero va donc affronter une bande d'immortels givrés. Ce récit doit expliquer un contexte et présenter un nouveau personnage pour prendre le relais du protagoniste de la série précédente, d'où pas mal de flashbacks (sur le passé de Zero) et digressions, et donc la trame du récit est assez basique, mais c'est distrayant. Graphiquement, on a un étrange mélange des peintures psychédéliques d'Ashley Wood avec un encrage "comics" relativement classique ; c'est pas mal mais on se dit quand même que ça aurait eu plus de gueule 100% peint par l'artiste (comme dans Deadside, voir ci-après). Le récit est relativement "complet" mais se termine par un retournement majeur lançant une suite : Zero et son familier Jaunty trahissent Nettie, qui ressuscite Jack Boniface pour en refaire son champion, et il n'est pas content.
Deadside 1-3 : Pas d'encrage "comics", cette fois-ci les planches sont des peintures entièrement faites par Ashley Wood. Au 3e numéro, c'est Dennis Calero qui prend le relais à la peinture, joli aussi mais moins cradouille. Chaque numéro est un récit indépendant racontant l'aventure d'un personnage à son arrivée dans le Deadside : un scientifique torture un cobaye pour qu'il explore le Deadside pour lui, une jeune femme très croyante arrive dans le Deadside en espérant y trouver le Paradis, un redoutable criminel se retrouve engagé dans un tournoi féroce dont le prix serait une entrée au Paradis. J'ai trouvé ça plutôt très bon, dans le genre désespéré et ironique.
Deadside 4 : Le comics n'est jamais paru, ces dernières pages contiennent donc le script de Paul Jenkins et des ébauches plus ou moins avancées de Dennis Calero (+ la couv' finale d'Ashley Wood). Le récit est extrêmement ambitieux, racontant comment une faction "d'Anges" tente de déclencher une apocalypse dans le monde des vivants. Sans doute un peu trop ambitieux pour être développé dans les 21 pages prévues, et je pense que les planches finales auraient un peu adouci quelques idées vraiment trash.
Si Shadow Man est un récit d'exposition et d'action, Deadside fait plus songer à des nouvelles de littérature fantastique et qui développent l'univers, et notamment la géographie du Deadside : les Hurlements, les Fosses, la Tour, le Paradis (le Country Club des ankulés)... Dans ce tome 1, la mythologie Vaudou n'est pas du tout exploitée (on en parle même pas de Loa ou de Bokor par exemple), on est plutôt dans du mythe gréco-romano-chrétien dévoyé. Les amateurs des jeux de rôles Wraith / Orpheus seront en terrain connu !
Lors de son reboot en 1997 par Garth Ennis (et Peter Jenkins), on avait un peu laisser tomber le vaudou pour faire de cette série une histoire de tueur à mi-chemin des royaumes des morts des vivants, sans spécialement d'attaches culturelles. Garth Ennis effleurait à peine le côté mystique de ce contexte, et Peter Jenkins (dans la mini-série Deadside) décrivait un royaume des morts cauchemardesque et tyrannique proche de la Stygie du jeu de rôle Wraith.
Là, en reprenant le récit, Jamie Delano (avec Charlie Adlard au dessin) replonge complètement dans la culture Vaudou et ses clichés classiques, Loas, Bokor et même Baron Samedi en guest star, tout en reprenant les bases établies précédemment. Quant au récit lui-même, Jamie Delano chamboule à plusieurs reprises le statu quo du héros de manière radicale. Le précédent Shadowman ressuscité au tome précédent, passe du statut de terrible menace à celui d'un running-gag et on s'en débarrase vite, la "Loa" Nettie passe du statut d'antagoniste à celui d'alliée encombrante, le vieux pote se révèle être un affreux manipulateur, on se débarrasse vite du sidekick macabre Jaunty, etc.
Les enjeux changent aussi, de luttes très personnelles à la Nouvelle-Orléans, on passe au combat contre une organisation tentaculaire et omniprésente à Miami. Pas mal tout ça, quelques moments bien gores. L'aventure se termine de manière ouverte, mais on peut s'arrêter là (d'ailleurs je ne crois pas que les tous derniers épisodes 16-20, par un autre scénariste et dessiné par le jeune Clayton Crain, seront réédités, ils ne le sont pas en VO). Globalement ça m'a bien plu, malgré des chamboulements un peu trop radicaux (trahisons, disparitions brutales, révélations...) dans le contexte autour du héros.
octobre 2026 | page principale | page comics